À Samos, un nouveau camp pour réfugiés aux allures de prison

À Samos, un nouveau camp pour réfugiés aux allures de prison

Des centaines de migrants sont déplacés depuis le camp insalubre de Vathy vers celui de Zervou. Ce nouveau camp pour demandeurs d’asile sur l’île grecque de Samos, fermé et sécurisé, suscite des réactions indignées.

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Quelque 14 250 mètres carrés entourés par une double ligne de barbelés, surveillés par des miradors et des caméras, aux portes magnétiques et scanners à rayons X. C’est un camp moderne, à la pointe de la technologie et particulièrement contrôlé qui ouvre ses portes, ce lundi 20 septembre à Samos, pour héberger les demandeurs d’asile coincés sur l’île grecque.

D’une capacité d’accueil de 3 000 personnes, cette structure “nouvelle génération” ouvre un nouveau chapitre dans la gestion des migrations en Grèce.

“Le camp fermé et contrôlé inaugure un nouveau modèle”, se réjouit le secrétaire général pour l’asile au sein du ministère grec des migrations, Manos Logothetis, auprès de TA NEA. “La nouvelle structure remplit les conditions de contrôle, de sécurité et de vie humaine”, assure Logothetis au quotidien de centre-droit.

“L’ouverture du nouveau camp a amené les premières réactions d’ONG parlant de prison”, note pourtant TA NEA.

Doté de containers, de cuisines partagées et de terrains de jeux, la structure affiche des dispositions nettement plus confortables que celles du camp de Vathy, où s’entassaient jusque-là les demandeurs d’asile. D’une capacité initiale de 680 personnes, il en avait accueilli jusqu’à plus de 7 000, devenant progressivement un camp de fortune jonché d’ordures où les rats et les serpents disputaient la place aux enfants.

“Derrière les quelques belles paroles et les nouveaux containers, la réalité montre que le nouveau centre s’apparente à une coûteuse et très surveillée prison”, décrit The Press Project.

Isolé à quinze minutes de la ville principale de l’île, à l’abri des regards, le nouveau centre d’accueil est ouvert uniquement entre 8 heures et 20 heures, limitant la libre circulation des individus. Plusieurs ONG fustigent la privation de libertés et la surveillance permanente des résidents.

Premier des cinq nouveaux camps

“C’est une évolution honteuse”, tacle estime Yorgos Karagiannis, le responsable de Médecins sans frontières sur l’île de Samos, cité par le pure-player de gauche. “Alors qu’ils souffrent depuis des mois et des années dans le camp précédent, ils sont maintenant emmenés dans une prison.”

Ce centre d’accueil est le premier des cinq camps “nouvelle génération” prévus sur les îles grecques de la mer Égée, principaux points d’entrée en Europe pour les exilés venus de Turquie. Après Samos, Kos et Leros, puis Lesbos et Chios inaugureront à leur tour leurs structures entièrement financées par l’Union européenne, pour une somme totale atteignant 276 millions d’euros.

“La même Union européenne qui, après l’incendie du camp de Moria [en septembre 2020], montrait hypocritement de l’intérêt et exprimait son opposition au financement de centres fermés”, tance The Press Project. Il ajoute :

Quelques semaines se sont écoulées depuis le message de solidarité envoyé par la présidente de la République, Ekaterina Sakellaropoulou, aux femmes d’Afghanistan. Quelques semaines se sont écoulées depuis la photo de la présidente devant le mur de l’Evros. C’est exactement ça, la tactique de base de la Grèce et de l’Union européenne. Une compassion hypocrite à distance, une violation des droits fondamentaux et des murs en tout genre pour les empêcher de venir. Et toujours en prétextant ‘nos valeurs européennes communes’.”

La présentation de la nouvelle structure, samedi 18 juin, s’est effectuée en l’“absence des élus locaux de Samos” note de son côté Efsyn, rappelant que le nouveau camp est “rejeté par la communauté locale”.

“Le désaccord des citoyens à l’encontre de ce genre de camp se constate dans l’enquête d’opinion présentée par le gouverneur de la région, Kostas Moutzouris, qui montre que 78% d’entre eux n’en veulent pas”, argumente le journal d’opposition.

Le mécontentement des populations insulaires à l’encontre de la gestion de la crise migratoire a pris de l’ampleur au fil des années et s’exprime par le rejet des structures d’accueil sur leurs îles.

“Parmi les absences notables, celle d’Ylva Johansson, puisque la commissaire européenne aux Affaires intérieures exprime ainsi son mécontentement contre les ‘pushbacks’ [renvois illégaux de demandeurs d’asile] répétés”, estime Efsyn, qui rappelle que ces refoulements illégaux en mer Égée sont monnaie courante.

“À l’heure de l’inauguration, deux barques sont arrivées à Samos”, souligne ironiquement le journal.

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