En se rendant lundi à Budapest, Emmanuel Macron a d’abord voulu montrer qu’il était prêt à “coopérer” avec “son principal opposant”, Viktor Orbán, note la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Sans passer complètement sous silence leurs nombreux différends, le président europhile et son homologue hongrois eurosceptique ont plaidé d’une même voix pour mieux protéger les frontières de l’UE contre les migrants illégaux et pour défendre l’énergie nucléaire, deux axes de la présidence française de l’UE, qui débute le 1er janvier prochain.

Pendant la visite, “les deux dirigeants se sont montrés chaleureux l’un envers l’autre, se faisant souvent face lorsqu’ils s’exprimaient, alors même qu’ils étaient sur scène avec leurs homologues polonais, tchèque et slovaque”, remarque l’édition européenne du site Politico. “L’objectif principal de Macron en venant à Budapest […] était d’obtenir le soutien des pays d’Europe centrale sur les principaux thèmes de l’agenda ambitieux qu’il s’est fixé pour la prochaine présidence française du Conseil de l’UE”, dont l’adoption d’un pacte migratoire européen, explique le site d’information.

La France et le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), pays les plus hostiles de l’UE à l’entrée de migrants, sont d’accord pour “réformer Schengen en profondeur, améliorer la protection des frontières extérieures et rendre le retour vers les pays d’origine plus efficace pour ceux qui ne sont pas éligibles à l’asile”, a insisté lundi Emmanuel Macron.

La présidence française de l’UE : “un mandat pour accroître les chances de réélection” de Macron

Malgré ce rapprochement sur le dossier migratoire, le président français a aussi souligné lundi, devant des journalistes, ses divergences avec le Premier ministre hongrois. “Nous avons constaté nos désaccords” sur “l’État de droit, le respect des minorités, la lutte contre les discriminations et la corruption”, des sujets au cœur des différends entre la Commission européenne et le gouvernement hongrois, a-t-il déclaré. “Il y a de manière assumée une volonté hongroise, jusqu’aux échéances électorales d’avril, de ne pas avancer sur ces sujets, ça veut dire qu’il n’y aura pas de versements tant qu’il n’y aura pas d’avancées concrètes” de la part de l’UE, a souligné le locataire de l’Élysée.

“L’opposition française a toujours reproché à Macron son ambiguïté idéologique, lui qui ne se dit ni de droite ni de gauche, et qui s’est fait le défenseur du ‘en même temps’, un concept visant à réconcilier des approches apparemment opposées, note la Vanguardia. Lors de sa délicate visite en Hongrie, la première d’un président français depuis 2007, il a appliqué la même stratégie, en signe de courtoisie diplomatique envers son hôte, champion de l’extrême droite européenne.”

Le fait que la France s’apprête à prendre la présidence de l’UE le 1er janvier prochain est “la force motrice” derrière la volonté d’Emmanuel Macron de “combler” son “écart” avec son opposant politique Viktor Orbán, analyse l’agence de presse italienne AGI.

Car les enjeux de ce mandat européen de six mois sont de taille pour le chef d’État français. Emmanuel Macron va chercher à “instrumentaliser” la présidence tournante de l’UE “pour accroître ses chances de réélection et tenter de faire en sorte que la France prenne l’ascendant au sein de l’UE”, estime le quotidien britannique The Times.

Noémie Taylor-Rosner