France : l’accès à la vaccination, un parcours du combattant pour les personnes précaires

France : l’accès à la vaccination, un parcours du combattant pour les personnes précaires

Défaut d’information, méfiance, absence de sensibilisation, la vaccination relève du parcours du combattant lorsque l’on est migrant, sans-papiers, réfugiés ou sans-abris. Face à une défaillance de l’Etat, des associations comme Médecins sans Frontières se retrouvent obligés de prendre en charge cette mission de santé publique qui concerne la sécurité sanitaire nationale, d’autant plus dans le cadre de la pandémie de Covid-19.

Parmi les non vaccinés en France, il convient de distinguer ceux qui ne veulent pas, de ceux qui ne peuvent pas. Alors que l’obligation vaccinale face à la pandémie de coronavirus suscite la polémique jusque dans les rues en France, mairies et associations tentent, elles, de mettre en place la gratuité des vaccins dits de base pour les personnes migrantes.

Exemple à Marseille. Le 9 juillet dernier, une convention avec l’OFII (Office Français de l’Immigration et Intégration) en faveur du rattrapage vaccinal est passé à la majorité lors du dernier conseil municipal à la mairie de la cité phocéenne. Désormais, la vaccination « obligatoire et conseillée » contre des pathologies tels que le tétanos, la polio, la coqueluche ou encore l’hépatite B sera ouverte gratuitement aux personnes migrantes de Marseille, sans discrimination de statut (demandeurs d’asile, réfugiés..).

« Tous les étrangers, pour nous, peu importe leurs situations, ont droit à la santé et à un accueil digne et respectueux des droits fondamentaux. Cela passe par la vaccination » affirme Michèle Rubirola, adjointe à la santé de la maire de Marseille et à l’initiative de la convention. « C’est le médecin responsable de l’OFII à Paris, qui m’a contactée pour me demander de mener une action avec la ville de Marseille et j’ai dit tout de suite oui. […] Avant le Covid, il y a aussi d’autres maladies importantes. »

Si l’objectif pour la grande métropole du sud-est de la France est de « faciliter le parcours santé des personnes migrantes », l’accessibilité aux soins pour les personnes dans la précarité relève du sacerdoce.

L’accès aux soins de base, un parcours du combattant

Répondant aux acronymes de PUMA et d’AME, la Protection Universelle et l’Aide Médicale d’Etat sont les deux dispositifs d’assurance maladie permettant aux personnes sans papiers d’accéder aux premiers soins. Une fois enregistré, le patient se voit accorder des remboursements au même titre que les autres assurés sociaux. Cependant, les critères à remplir pour y avoir accès rendent leur éligibilité tardive voire impossible.

« Pour obtenir ces aides, il y a nécessairement un délai de carence de 3 mois. Au terme de ces 3 mois, il faut aussi pouvoir être domicilié afin de renseigner une adresse. Or, on sait qu’il n’y a pas assez de lieu de domiciliation d’accueil. Et si la demande est envoyée, le délai de réponse est de 3 mois supplémentaires » explique Corinne Torre, cheffe de mission France à Médecins Sans Frontières. « Une personne précaire qui arrive sur le territoire français et qui doit être pris en charge peut attendre jusqu’à 6 mois alors qu’elle peut représenter un danger pour elle-même mais aussi pour d’autres. »

Nous réclamions depuis plusieurs mois que la précarité soit reconnue comme un critère de vulnérabilité à part entière face à la Covid-19. Corinne Torre, cheffe de mission France à Médecins Sans Frontières

Pour la vaccination, les structures pouvant accueillir une personne souhaitant se faire vacciner sans document préalable varient en fonction des départements. Une spécificité de procédure souvent inconnue du public concerné : « Le problème c’est qu’ils ne sont pas informés. Puis, il y a des stigmates, il faut savoir rassurer et faire de la sensibilisation. Il faut être capable de parler dans leur langue et fournir des documents traduits dans différentes langues », explique la cheffe de mission.

« Nous le faisons parce que notre pays dysfonctionne »

Des difficultés qui se retrouvent aussi pour l’accès au vaccin contre le Covid qui est « gratuit pour tous et sans avoir à avancer des frais » assure le ministère de la Santé sur son site. Cependant, l’organisation de la vaccination ne va pas de soi. Depuis le 8 juin, et à la demande d’associations, Médecins Sans Frontières assure la vaccination en Île-de-France (où la demande est particulièrement forte) de personnes précaires, celles vivant dans des centres d’hébergement d’urgence, d’accueil de jour, dans des foyers de travailleurs et dans la rue.

« Nous réclamions depuis plusieurs mois que la précarité soit reconnue comme un critère de vulnérabilité à part entière face au Covid-19, et d’éligibilité à la vaccination. Les personnes sans-abri ou migrantes, à la santé souvent affaiblie par la vie à la rue, étaient déjà éloignées des soins avant la pandémie mais se sont retrouvées encore plus exclues depuis le début de celle-ci » explique Corinne Torre qui déplore qu’une association humanitaire internationale comme MSF soit obligée d’apporter un soutien humain pour vacciner dans un pays comme la France : « L’objectif de notre présence, c’est aussi de mettre en avant la défaillance de l’Etat. Normalement, nous n’avons pas vocation à travailler en France sur le plan médical. Nous le faisons parce que notre pays dysfonctionne. »

Par ailleurs, depuis l’annonce du 12 juillet d’Emmanuel Macron de l’extension du pass sanitaire, les centres de vaccination accueillant les personnes en grande précarité enregistrent un fort taux de saturation face à un public inquiet de ne plus pouvoir accéder à certains lieux et certains services en cas de non présentation du précieux sésame. « Pour la grande majorité, ce public n’est toujours pas vacciné, même s’il va devoir l’être pour le mois de septembre. Est-ce que l’on va réduire les places en hébergement d’urgence pour respecter le protocole? Ordonner un pass sanitaire pour accéder aux structures d’accueil? » s’interroge la responsable MSF.

Tout le monde devrait avoir accès à la vaccination. C’est une protection individuelle mais aussi collective. Corrine Torre, cheffe de mission France à Médecins Sans Frontières

Autre sujet d’inquiétude souligné pour la cheffe de mission : les mineurs non-accompagnés (MNA), qui n’arrivent pas à avoir accès au vaccin contre le Covid-19. Nombre d’entre eux dans l’attente de l’obtention du statut qui permet une protection de l’Etat, se trouvent dans une zone grise qui peut parfois durer longtemps. « Sur Paris il y a 6000 mineurs qui se sont présentés et ont fait l’objet d’une évaluation l’année dernière. Seulement 25% ont été reconnus mineurs. […] C’est la seule population qui n’a véritablement pas accès aux vaccins car s’ils se présentent comme mineurs, sans obtention du statut de MNA, on leur demande des représentants légaux, comme des enfants français, sauf qu’eux, ils n’en ont pas.» déplore-t-elle.

En France, la question de la prise en charge des soins des publics précaires « fait avant tout l’objet d’un débat sur la question migratoire, malheureusement, regrette Corinne Torre. Or la vaccination reste un problème de santé publique, que l’on parle du Covid ou d’autres maladies. Normalement, tout le monde devrait avoir accès à la vaccination. C’est une protection individuelle mais aussi collective. »

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