Il reste 100 000 enfants à scolariser en France

Il reste 100 000 enfants à scolariser en France

Alors que le gouvernement clame l’importance de laisser les écoles ouvertes par temps de pandémie, il y a urgence à accueillir les jeunes qui se voient illégalement refuser une inscription scolaire. Le Premier ministre doit immédiatement nommer une commission sur le sujet, demande le collectif «Ecole pour tous».
par Collectif #EcolePourTous
publié le 30 mars 2021 à 7h00

Aujourd’hui, en France, 100 000 enfants et jeunes sont privés d’école notamment à cause des refus illégaux d’inscriptions scolaires par les maires. Ce chiffre n’est qu’une estimation, fourchette basse, donnée par la Défenseure des enfants. Depuis plus d’un an, nous attendons et réclamons qu’une mission d’information interministérielle soit lancée pour avoir des chiffres précis. Il faut une prise de conscience collective pour qu’enfin, dans notre pays, tous les enfants en âge d’aller à l’école y aient accès. C’est un droit, et même une obligation garantie par la Convention internationale des droits de l’enfant et le code de l’éducation.
Dysfonctionnements institutionnels

En ce moment, le gouvernement répète chaque jour ou presque l’importance de l’école et la fierté de les garder ouvertes, malgré la pandémie. Les responsables semblent mesurer que l’école est un bien inestimable pour la jeunesse et la nation dans son ensemble. Jean Castex, le Premier ministre doit donc mesurer ce que nous, membres du collectif Ecole pour tous, ressentons en étant empêchés d’aller à l’école par des dysfonctionnements institutionnels avant, pendant, après la pandémie et les confinements.

Nous ne pouvons plus attendre.

Quand la mairie de la ville d’Antony a refusé l’inscription scolaire à Ana-Maria Stuparu parce qu’elle habitait avec sa mère dans un bidonville, elle est tombée en dépression. Quand Seydina Boiro est arrivé tout seul en France à 15 ans, il est resté un an sans école, à attendre la protection de l’enfance, et a pris un retard irréversible. Quand Jassem Issouf a obtenu son bac avec 19 de moyenne, il a été félicité par le préfet de Mayotte. Pourtant trois ans auparavant, on lui avait refusé l’inscription au lycée parce qu’il est né sur les îles de l’Union des Comores. Il en a été profondément humilié. Il a fallu que les parents de Ritchy Thibault abandonnent leur mode de vie itinérant pour qu’il puisse accéder à l’école, car nul enseignement réellement adapté n’est encore aujourd’hui proposé aux dizaines de milliers d’enfants dits «gens du voyage».

Au moins 100 000 enfants et jeunes en France connaissent encore les mêmes situations.

Après l’adoption de l’article 16 de la «loi pour une école de la confiance» visant à simplifier l’inscription scolaire, il aura fallu un an et une tribune de notre collectif publiée dans Libération pour que le décret d’application soit publié le 20 juin dernier et qu’enfin les maires ne puissent plus refuser l’inscription à l’école des enfants les plus précaires.
Les écoles sont un bien sacré

Il y a urgence. Nos vies comptent. Elles comptent pour tous ceux qui s’associent à nous pour porter cette demande : les innombrables citoyens signataires de notre pétition, des élus et députés de la majorité et de l’opposition, des organisations telles que l’UNICEF, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, le Défenseur des droits. Nous ne doutons pas que nos vies comptent aussi pour le Premier ministre de la République française.

En tant que porte-parole des 100 000 enfants et jeunes concernés, nous comptons bien prendre une part centrale et décisionnelle dans les travaux de la mission que le Premier ministre va nommer sur le sujet, car nous savons que c’est en nous que réside une partie des solutions aux problèmes qui seront examinés par les députés.

La publication du décret de nomination de cette mission ainsi que la lettre de mission que nous demandons au Premier ministre est un acte qui lui coûtera peu. Mais c’est de cela que dépend une avancée importante vers l’accès à l’école des 100 000 enfants et jeunes que nous représentons. Si les écoles sont un bien sacré pour les enfants et parents que chaque jour le gouvernement tâche de protéger contre leur fermeture, les écoles sont aussi sacrées pour nous qui en sommes privés.

Anina Ciuciu, marraine du Collectif #EcolePourTous, avec Ana Maria Stuparu, Seydina Boiro, Jassem Issouf et Ritchy Thibault, porte-parole #EcolePourTous.

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