Suivi de la crise aux frontières gréco-turques – 6 mars 2020

Suivi de la crise aux frontières gréco-turques – 6 mars 2020

https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/06/evros-greece-fence-borders-turkey-extension/

Evros : La Grèce va étendre à 40 km la clôture de sa frontière avec la Turquie

6 mars 2020

La Grèce va étendre la clôture à ses frontières d’Evros avec la Turquie à 40 km, a déclaré vendredi matin le porte-parole du gouvernement Stelios Petsas. La clôture supplémentaire sera installée dans des zones “sensibles”, préférées pour les entrées illégales de migrants et de réfugiés.

S’adressant à la chaîne de télévision ANT1, M. Petsas a indiqué qu’à l’heure actuelle, le point de passage le plus vulnérable se trouve dans le sud.

La clôture actuelle de 12,5 km de points d’accès terrestres est installée au nord et au sud du poste de douane de Kastanies, où des milliers de migrants et de réfugiés se sont amassés.

Selon le quotidien Kathimerini, la nouvelle clôture de 40 kilomètres est prévue pour être partiellement installée soit dans les zones où les eaux de l’Evros sont basses, soit dans les zones où le paysage favorise le paasage illégal.

Des sections telles que Ormenio, Gardens, Feres, Tychero, Soufli, Dikaia, Dilofo, Marassia, Nea Vyssa et d’autres ont été désignées comme étant les zones où la nouvelle clôture sera installée par l’armée grecque et le soutien de la police.

Selon un rapport du quotidien Elftheros Typos, le plan B de la Grèce, outre l’extension de la clôture, prévoit la présence d’environ 4.000 policiers et soldats en patrouilles parallèles, d’hélicoptères, d’avions sans pilote, de diffusion de messages, de caméras pour l’audio-vidéo.

Un “centre d’opérations conjoint” entre l’armée et la police grecques doit être établi à Nea Vryssa.

Selon le quotidien, plus de 1 000 soldats, deux escouades de commandos, 1 500 policiers et des gardes nationaux opèrent actuellement dans la région d’Evros.

Petsas a souligné que le gouvernement grec a changé sa politique car il y a actuellement un problème de sécurité nationale.

Il a réitéré la nouvelle politique en disant que “personne ne traversera la frontière”.

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https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/06/serres-locals-protest-migrants-camps/

Les habitants de la Grèce du Nord protestent contre le transfert des nouveaux arrivants en provenance des îles

Le porte-parole du gouvernement, M. Petsas, a annoncé mercredi que les migrants et réfugiés entrés illégalement en Grèce depuis le 1er mars via les frontières terrestres ou maritimes, seront tous transférés vers deux centres fermés qui seront créés en Attique et à Serres avant d’être expulsés vers leur pays d’origine.De son côté, le ministre aux Migrations et à l’asile, M. Mitarakis, a déclaré que dans l’objectif de désencombrer les îles, tous les migrants et réfugiés qui se trouvent sur les îles et qui sont entrés en Grèce avant le 1er janvier 2019, seront transférés en Grèce continentale (Kathimerini, Ta Nea, in.gr, Journal des Rédacteurs)

6 mars 2020

Les habitants de Serrès, dans le nord de la Grèce, ont organisé des manifestations contre les plans du gouvernement visant à déplacer les migrants et les réfugiés arrivés sur les îles après le 1er mars dans des camps situés dans leur région.

Dans la ville de Sintiki, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le camp militaire fermé de Kalergis avant de se coucher vendredi et ont allumé des feux pour se réchauffer en raison des températures glaciales.

Un appel sur les médias sociaux avait mobilisé les habitants. Au milieu de la nuit, les appelants ont traversé le village en voiture avec des haut-parleurs et ont appelé les habitants à se rendre au camp.

Jeudi après-midi, le ministère des migrations a désigné le camp de Kalergis comme alternative au camp militaire de Vasiliadis par Rodopoli, également dans la région de Serrès, en raison des protestations locales

Lors d’une réunion jeudi soir, les autorités locales ont proposé d’autres camps.

Cependant, le secrétaire général pour la politique de migration, Manos Logothetis, a clairement indiqué que la nouvelle structure fonctionnerait au sein de la municipalité de Sintiki.

Les camps sont censés être fermés et accueillir plus de 500 réfugiés et migrants arrivés à Lesbos depuis le 1er mars, jour où la Grèce a suspendu les demandes d’asile des nouveaux arrivants sur les îles par crainte d’un afflux massif après l’ouverture des portes de la frontière turque.

Pendant ce temps, à Lesbos, les migrants et les réfugiés ont embarqué sur le ferry “Rhodos” de la marine grecque pour être transportés vers le nord de la Grèce.

Les protestations sur le continent ont souvent fait obstacle aux plans du gouvernement visant à décongestionner les îles.

Le Parlement a adopté jeudi un amendement du ministère des migrations et de l’asile prévoyant la suspension de toute aide financière aux personnes ayant obtenu l’asile et leur départ obligatoire des infrastructures d’accueil dans un délai de 30 jours suivant la date de la notification de la décision d’octroi d’asile. L’amendement prévoit une prévision spécifique pour les mineurs non accompagnés, pour lesquels les délais ainsi fixés ne commencent à courir qu’à partir de leur majorité. Selon des sources du ministère des migrations et de l’asile, cette mesure devrait libérer 1 000 places environ dans les infrastructures prévues pour l’accueil des réfugiés et migrants (centres d’accueil, hôtels et appartements). Selon le ministre des migrations et de l’asile, M. Mitarakis, depuis le début de l’année et jusqu’à présent, 6 174 réfugiés et migrants ont quitté le pays et ce nombre devrait s’élever à 10 000 d’ici la fin du premier trimestre de 2020 (Kathimerini, Journal des Rédacteurs, in.gr). 

https://youtu.be/onv5U7dEALc

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https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/06/greece-protest-xenophobia-hatred-migrants/

Des milliers de personnes protestent contre la montée de la xénophobie et de la haine en Grèce

6 mars 2020

Des milliers de Grecs ont protesté jeudi soir dans les rues d’Athènes et d’autres villes contre la montée de la xénophobie et de la haine après que la Turquie ait ouvert ses portes à des milliers de migrants.

La police avait bloqué l’avenue principale menant au bureau du Premier ministre.

Ils ont tenu des banderoles sur lesquelles on pouvait lire “Solidarité avec les réfugiés” et ” Ouvrez les frontières “.

Les manifestants se sont rassemblés devant l’Université d’Athènes, dans le centre ville, et ont crié des slogans critiquant la politique de l’Union européenne en matière de réfugiés.

Les manifestants se sont ensuite dirigés vers le bâtiment du Parlement grec sur la place Syntagma.

On estime à 7 000 le nombre de personnes qui se sont jointes aux manifestations d’Athènes qui se sont déroulées et se sont terminées pacifiquement.

L’opinion publique est très probablement très majoritairement contre les migrants, le nationalisme et la xénophobie sont en hausse…

Dans le même temps, la Grèce souffre depuis bien trop longtemps de la politique de l’UE qui a piégé 60 000 réfugiés et demandeurs d’asile sur les îles et dans des dizaines de camps sur le continent.

https://twitter.com/i/status/1235617801529970689

https://twitter.com/i/status/1235628023048589318

https://twitter.com/KaplanCagdas1/status/1235628023048589318

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https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/05/racist-group-hunters-illegal-migrants-volos/

Des racistes à Volos créent une “association de chasseurs de migrants illégaux” sur FB

5 mars 2020

Des racistes de Volos, en Grèce centrale, ont créé un groupe sur Facebook avec le nom méprisable d'”Association des chasseurs de migrants illégaux”.

Par le biais de leur page Facebook, ils ont invité les gens à un rassemblement à Volos le jeudi après-midi, une heure avant le rassemblement contre le racisme prévu. Le but de ce rassemblement était, semble-t-il, d’organiser les membres et de “chasser les migrants illégaux de la ville”.

Un autre objectif du groupe est de s’organiser et de se rendre à Evros afin de renforcer les gardes nationales sur place et d’empêcher l’entrée de migrants illégaux, rapporte le média local e-thessalia.

Le groupe sur FB est fermé et on ne peut y accéder que sur “invitation”.

Les racistes ont mis en ligne sur la page du groupe des photos d’armes, de fusils, de couteaux et de poignards ainsi que les permis de port d’armes dont ils disposent, leurs messages sont empreints de haine envers les migrants.

Le groupe a été créé le 3 mars et compte déjà 330 membres.

Selon le journal local onlarissa, l’administrateur du groupe a été convoqué jeudi à la Sécurité intérieure de Volos.

L’administrateur aurait affirmé que le but du groupe était “de discuter avec des organisations de gauche sur la question parce que notre patrie est en danger”.

L’administrateur a été libéré et a changé le nom du groupe en “Association des patriotes de Volos”.
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ttps://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/05/navtex-greece-turkey-sea-areas-restrictions/

La marine grecque NAVTEX restreint la navigation autour de 3 îles pour empêcher l’afflux de migrants

5 mars 2020

La Grèce renforce les mesures de dissuasion à la frontière maritime avec la Turquie, car le gouvernement s’attend à ce que la pression aux frontières d’Evros soit transférée aux îles du nord-est de la mer Égée. La marine grecque a émis un avertissement de navigation restreint (NAVTEX) pour les zones maritimes situées dans les eaux territoriales grecques et autour des îles de Lesbos, Chios et Samos.

Le NaVTEX permet la navigation aux navires de Frontex et de l’OTAN ainsi qu’aux navires commerciaux équipés de tous les documents nécessaires, mais il la restreint à tous les autres navires comme les yachts et les bateaux touristiques, les bateaux de pêche et, bien sûr, les canots des trafiquants et autres moyens de transport à la voile transportant des migrants et des réfugiés en Grèce.

Le NAVTEX a été délivré à la demande des garde-côtes grecs, selon un rapport des médias. La restriction a été émise le 2 mars, mais elle a été portée à la connaissance du grand public peu avant jeudi midi.

L’alerte NAVTEX est en vigueur du 2 mars au 12 mars 2020 et sur une base de 24 heures.

PS Le NAVTEX empêchera-t-il les trafiquants de transporter des réfugiés et des migrants en Grèce ? KTG comprend que le NAvTEX pourrait théoriquement donner à la Grèce le droit de repousser des réfugiés en mer, même si cela est interdit par le droit international.

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https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/05/turkey-greece-echr-migrants/

La Turquie va envoyer 1000 policiers pour “empêcher les refoulements à la frontière grecque”.

5 mars 2020

Le ministre turc de l’Intérieur, Suleyman Soylu, a annoncé l’envoi de 1 000 policiers à la frontière nord-ouest du pays afin “d’empêcher la Grèce de refouler les migrants vers la Turquie”.

Dans une interview à CNN Turk jeudi, Soylu a déclaré que l’agence européenne de protection des frontières Frontex et la Grèce ont repoussé 4 900 migrants en Turquie depuis le 1er mars.

Quelque 164 migrants ont été blessés au cours de ce processus, a ajouté M. Soylu.

Soylu a également déclaré que “les autorités essayaient d’empêcher les migrants de traverser la mer Egée pour éviter une crise humanitaire”.

Près de 140 000 migrants ont quitté les frontières turques par Edirne pour l’Europe depuis vendredi, a ajouté M. Soylu.

Il a menacé de poursuivre la Grèce devant la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir refusé l’entrée des migrants dans le pays.

Jeudi, Soylu s’est rendu à la frontière.

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https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/05/eu-greece-unaccompanied-minors/

Seuls 4 États membres de l’UE sont prêts à accepter des “mineurs non accompagnés” en provenance de Grèce

5 mars 2020

Seuls quatre États membres de l’UE sont disposés à accepter des mineurs réfugiés non accompagnés en provenance de Grèce. L’Allemagne a déclaré qu’elle ne le ferait qu’à la condition que d’autres États membres se joignent également à l’action.

Quatre États membres ont déclaré qu’ils réinstalleraient les enfants non accompagnés de Grèce dans leur pays, a déclaré Giorgos Koumoutsakos, ministre suppléant de l’immigration et de l’asile, après la réunion extraordinaire du Conseil des ministres de l’intérieur de l’UE, mercredi.

Il a souligné que “pendant longtemps, les États membres n’ont pas été disposés à accueillir des enfants non accompagnés sur leur territoire” et que l’action des quatre pays est “un signe de solidarité, qui lance une dynamique”.

Selon les informations, les pays disposés à accueillir des mineurs non accompagnés en provenance de Grèce sont l’Allemagne, le Luxembourg, la France et la Finlande.

Le Luxembourg est prêt à accepter 10 mineurs, la Finlande 175 au total et donc non seulement de Grèce mais aussi de Chypre, d’Italie et de Malte.

La France n’a pas précisé le nombre de mineurs qu’elle est prête à accepter, tout comme l’Allemagne.

En outre, l’Allemagne n’acceptera les enfants réfugiés que si un “grand” nombre d’États membres de l’UE sont d’accord et si la situation à la frontière gréco-turque se “normalise”. En outre, Berlin demande des explications à Athènes concernant la suspension des procédures d’asile pour les nouveaux arrivants.

La relocalisation des mineurs non accompagnés est également liée à leur statut, que ce soit dans le cadre du “regroupement familial” ou non.

En Allemagne, le gouvernement de coalition de la CDU/CSU et du SPD a rejeté une proposition des Verts visant à accepter 5 000 réfugiés de Grèce, ont rapporté les médias allemands jeudi

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https://greece.greekreporter.com/2020/03/03/austrian-chancellor-kurz-declares-turkey-is-attacking-europe-and-greece/

Le Chancelier autrichien Kurz déclare que la Turquie attaque l’Europe et la Grèce

Par Nick Kampouris

3 mars 2020

Dans un geste de soutien sans précédent à la Grèce, Sebastian Kurz, le Chancelier autrichien, a déclaré sans ambages mardi que la Turquie attaque l’Union européenne et la Grèce.

Kurz a accusé le président turc d’avoir organisé “consciemment” cette “attaque” contre les réfugiés, qui, comme il l’a dit, vise délibérément la Grèce et non la Bulgarie.

Le dirigeant autrichien a noté qu’en quelques jours, 13 000 personnes sont arrivées à la frontière grecque et qu’en même temps, il n’y a pas eu d’arrivée en Bulgarie, soulignant le fait qu’il ne s’agit pas d’un acte aléatoire mais d’un acte délibérément organisé.

M. Kurz a également ajouté que ceux qui se trouvent actuellement à Evros ne sont pas des réfugiés d’Idlib en Syrie mais des personnes qui vivent en Turquie depuis des années.

Le chancelier autrichien a poursuivi en apportant son soutien à la Grèce en disant que si l’Europe ne fait pas pression sur Erdogan, ce sera “le début de la fin”.

“Si nous succombons à Erdogan… alors l’Europe sans frontières intérieures sera de l’histoire ancienne”, a déclaré M. Kurz dans son sévère avertissement.

“Nous sommes en contact avec les Grecs, qui ont notre plein soutien pour les mesures de protection des frontières et nous discutons de la manière dont nous pouvons contribuer financièrement, ainsi qu’avec les policiers”, a ajouté le chef de la coalition des conservateurs et des verts en Autriche.

C’est la toute première fois qu’un dirigeant européen s’exprime aussi clairement sur la situation désastreuse d’Evros.

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Une coalition contre les violences aux frontières

Nous déposerons plainte contre la Grèce et l’UE pour les violations des droits des personnes migrantes et réfugiées fuyant la Turquie

Ces derniers jours, les violations des droits des migrant·e·s et réfugié·e·s qui cherchent à accéder au territoire européen via la Grèce ont pris une tournure dramatique. Si les violences contre les exilé·e·s atteignent aujourd’hui un niveau inouï, les conditions de cette escalade ont été posées par les dirigeants européens depuis plusieurs années. En 2015, l’Union européenne (UE) a introduit son « approche hotspot », obligeant l’Italie et la Grèce à trier les migrant·e·s et réfugié·e·s arrivant sur leurs côtes. En mars 2016, l’UE a signé un arrangement avec la Turquie qui, pour un temps, a permis de contenir de nouvelles arrivées. Sans surprise, ces dispositifs ont transformé les îles grecques en prisons à ciel ouvert et exacerbé la catastrophe humanitaire aux frontières grecques. La coopération avec la Turquie – largement dénoncée par la société civile –, s’effondre aujourd’hui, alors que les autorités turques, cherchant à faire pression sur l’UE, poussent les personnes migrantes et réfugiées en sa direction.

Pour empêcher l’arrivée d’un plus grand nombre d’exilé·e·s – principalement Syrien⋅ne·s – fuyant la guerre et maintenant les menaces turques, les agents grecs ont déployé un niveau de violence inédit, rejoints par une partie de la population. En mer, les garde-côtes coupent la route aux bateaux des migrant·e·s et réfugié·e·s, tirant en l’air et blessant certain·e·s passager·e·s.[1] Un enfant s’est noyé durant la traversée[2]. Sur terre, les refoulements à la rivière Evros ont continué. Une vidéo – qualifiée de « fake news » par les autorités grecques[3] mais  vérifiée par Forensic Architecture – montre un réfugié syrien tué par balle alors qu’il tentait de traverser la rivière.[4] Par ailleurs, les militant⋅e·s, agissant en solidarité avec les personnes migrantes et réfugiées sont criminalisé⋅e·s et attaqué⋅e·s par des groupes d’extrême droite.[5] Des violations graves sont en cours et les principes de base du droit d’asile sont foulés au pied.

Cette violence vise à envoyer un message simple aux migrant·e·s et réfugié·e·s potentiel·le·s, celui que le ministère des Affaires Étrangères a exprimé via Twitter : « Personne ne peut traverser les frontières grecques ».[6] Cette politique grecque de fermeture des frontières[7] est soutenue par l’UE. Charles Michel, président du Conseil européen, a ainsi encensé les efforts des Grecs pour « protéger les frontières de l’Europe »[8]. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a qualifié la Grèce de  « bouclier européen » – suggérant ainsi que les personnes migrantes et réfugiées constituent une menace physique pour l’Europe.[9] Enfin, l’agence européenne Frontex va déployer une intervention rapidedans la zone.[10] La Grèce et l’UE sont ainsi prêtes à recourir à tous les moyens pour tenter de dissuader les migrant·e·s et réfugié·e·s et empêcher la répétition des arrivées en grand nombre de 2015 – et la crise politique qu’elles ont générée à travers l’Europe.

Nous condamnons fermement l’instrumentalisation des migrant·e·s et réfugié·e·s par la Turquie et par l’UE. Aucun objectif politique ne peut justifier de telles exactions. Il est révoltant que des personnes fuyant la violence se trouvent exposées à de nouvelles violences commises par les États européens dont le cynisme et l’hypocrisie culminent. Nos organisations s’engagent à joindre leurs efforts pour forcer les États à rendre compte de leurs crimes. Nous documenterons ainsi les violations des droits des migrant·e·s et réfugié·e·s et déposerons plainte contre ceux qui en sont responsables. Nous soutenons également celles et ceux qui sont de plus en plus criminalisé·e·s pour leur solidarité.

Nos efforts visent à utiliser tous les outils d’investigation et du droit pour faire cesser la violence d’État, en finir avec la multiplication et la banalisation des pratiques de refoulement en Grèce, et ailleurs aux frontières de l’Europe. Les migrant·e·s et réfugié·e·s ne sont pas une menace face à laquelle l’Europe doit ériger un bouclier, mais sont eux même menacés par la violence des États tout au long de leurs trajectoires précaires. Nous utiliserons les outils du droit pour tenter de les protéger contre cette brutalité.

Image fixe tirée d’une enquête vidéo en cours menée par Forensic Architecture montrant un panorama créé à partir d’images filmées par des témoins de la mort par balle de Muhammed al-Arab, tué en tentant de traverser la rivière de l’Evros/Meriç. Forensic Architecture, 2020. Vidéo: https://vimeo.com/395567226

Premières organisations s’étant jointes à la coalition:

  • Association Européenne pour la défense des Droits de l’Homme
  • Avocats Européens Démocrates
  • Borderline Europe Human Rights without Borders
  • Forensic Architecture and Forensic Oceanography
  • Forschungsgesellschaft Flucht und Migration
  • Global Legal Action Network
  • HIAS Greece
  • HumanRights360
  • Legal Team Italia
  • Medico international
  • Migreurop
  • PRO ASYL
  • Progressive Lawyers Association
  • Refugee Support Aegean
  • Sea-Watch
  • WatchTheMed Alarm Phone

1]https://alarmphone.org/en/2020/03/04/escalating-violence-in-the-aegean-sea/?post_type_release_type=post&fbclid=IwAR2r2ATotl6HEfg2F2Zt3FDScFgZHB4wU5jb-T27jwkhV_pFcXYcdIa4xXg

[2]https://www.theguardian.com/world/2020/mar/02/child-dies-as-boat-carrying-migrants-capsizes-off-lesbos

[3]http://www.ekathimerini.com/250110/article/ekathimerini/news/greece-calls-fake-news-on-news-of-dead-refugee

[4]https://www.dailysabah.com/politics/syrian-refugee-killed-by-greek-police-while-trying-to-cross-border/news

[5]https://www.vice.com/en_us/article/xgq533/video-shows-greek-mobs-attacking-migrant-boats-and-aid-workers

[6]https://www.euronews.com/2020/02/29/greek-police-fire-tear-gas-at-refugees-amid-violence-at-turkish-border

[7]http://www.ekathimerini.com/250097/article/ekathimerini/news/greece-freezes-asyulum-applications-from-illegally-entering-migrants

[8]http://www.ekathimerini.com/250097/article/ekathimerini/news/greece-freezes-asyulum-applications-from-illegally-entering-migrants

[9]https://ec.europa.eu/france/news/20200303/intervention_von_der_leyen_grece_fr

[10]https://www.theguardian.com/world/2020/mar/03/migration-eu-praises-greece-as-shield-after-turkey-opens-border

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http://www.cadtm.org/Crise-a-la-frontiere-entre-la-Grece-et-la-Turquie-en-finir-avec-l-Europe

Crise à la frontière entre la Grèce et la Turquie : en finir avec l’Europe forteresse

6 mars par CADTM

Communiqué du CADTM International

Une fois de plus, la politique européenne de frontières assassine. Cela fait quelques jours que les tensions montent dans les différents points frontaliers entre la Grèce et la Turquie. Les tentatives de la part des personnes migrantes d’entrer sur le territoire grec se sont soldées par de lourdes interventions (y compris avec l’usage d’armes à feu) de la part des forces de sécurité grecques. Depuis le lundi 2 mars nous déplorons au moins deux morts : un enfant de 4 ans s’est noyé près de l’île de Kos alors que les garde-côtes grecs essayaient de faire couler un bateau de migrant-e-s qui fuyaient la Turquie ; Muhammad al-Arab, 22 ans, a été abattu par un tir à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce et il y a de fortes présomptions pour considérer que le tir est venu de l’armée grecque ou d’un groupe para militaire grec qui ont été encouragés par la politique des autorités grecques et turques [1]. Si comme l’affirme les porte-paroles de l’armée grecque il s’agit qu’une provocation de l’armée turque cela n’enlève rien à la gravité des faits. Ce sont les politiques du gouvernement grec, du gouvernement turc et des autorités européennes qui en sont la cause. L’extrême violence de la police et de l’armée ordonnée par le gouvernement grec, ainsi que la suspension du droit d’asile dans ce pays ont rencontré un soutien sans faille de la part de l’Union Européenne. Ursula Von der Leyen remerciait ainsi la Grèce d’être le « bouclier » de l’Europe dans ces « temps difficiles » [2].

Ces derniers jours, nous avons aussi été témoins de multiples agressions visant des personnes migrantes sur l’île de Lesbos où se trouvent les immenses camps de réfugié-e-s de Moria et Kara Tepe. Des militants d’extrême droite ont agressé physiquement et verbalement des personnes, des véhicules et des espaces de solidarité avec les migrant.e.s présents sur l’île, et ont entrepris des tentatives pour empêcher la venue de nouveaux bateaux de Turquie. Il faut souligner que cette stratégie de harcèlement s’apparente fortement aux actions des forces de sécurité grecques et des agents de Frontex, qui ont pour unique objectif d’empêcher que des personnes fuyant la guerre ou des conditions de misère arrivent sur le sol européen, quel que soit le prix.

Sur toile de fond de cette « crise migratoire » qui en vérité est en réalité une crise de l’accueil et du respect des droits humains se trouve l’accord UE-Turquie signé en 2016. Cet accord de la honte comprend le paiement de 6 milliards d’euros à la Turquie par l’UE afin qu’Ankara bloque l’arrivée de migrantes et migrants sur le sol européen. Nous parlons d’accord de la honte non seulement car il empêche l’effectivité du droit d’asile, mais aussi car il met un prix sur ce droit. Un prix que la Turquie fait valoir aujourd’hui pour mettre la pression sur l’UE d’une part, mais aussi d’autre part pour continuer à bénéficier d’une liberté et d’une impunité totales lors de ses attaques militaires dans le nord de la Syrie.

La rhétorique des différents représentants de l’UE correspond parfaitement à une approche de la politique européenne de gestion des frontières qui est consubstantielle à l’agenda politique néolibéral. D’un côté, elle promeut des politiques d’ajustement structurel dans les pays du Sud, ce qui augmente leur dépendance vis-à-vis des pays du Nord. De l’autre, elle responsabilise et pointe du doigt ces mêmes pays pour la gestion des différentes crises qu’ils traversent (économiques et sociales), mais aussi les personnes migrantes accusées de provoquer et d’exacerber les crises des pays européens. Il s’en suit la criminalisation des personnes migrantes et la militarisation des frontières. L’agence Frontex, responsable de coordonner la « protection » des frontières européennes, a vu son budget flamber de 6 à 330 millions d’euros entre 2005 et 2019. Cette impressionnante augmentation montre bien la place que les politiques de contrôle des personnes migrantes occupent dans l’UE actuelle. Ceci se traduit tout d’abord par le renforcement des frontières physiques, par le biais de murs et barrières sur au moins 990 km, et la dotation de moyens de surveillance de haute technologie. Il s’agit de frontières véritablement militarisées, qui cherchent à « protéger » le sol européen à l’image d’une cité assiégée par des « barbares ».

Pour couronner cette politique raciste, elle passe des accords en vertu desquels ces pays du Sud s’engagent à exercer la fonction d’agent de frontières pour l’UE. Car, n’oublions pas que l’accord entre l’UE et la Turquie n’est pas le seul moyen que l’UE trouve pour externaliser ses frontières. Pour faire en sorte que les pays non européens acceptent de mettre en œuvre une politique restrictive des migrations, l’Union et ses États membres monnaient leur soi-disant « aide publique au développement » (APD). En échange de mesures permettant de limiter les départs en amont et d’augmenter les expulsions de l’UE des personnes migrantes jugées « indésirables » vers les pays dits « d’origine » (accords de réadmission), l’UE et ses membres donnent ou refusent l’accès aux divers fonds de l’APD.

La persécution et la criminalisation des personnes migrantes n’élimineront pas l’immigration clandestine. Bien au contraire, ces approches conduisent à l’exacerbation de l’immigration clandestine et les décès catastrophiques qui l’accompagnent. Les jeunes d’Afrique, de Moyen Orient et d’Asie, fuyant la mort, la pauvreté et la misère, continueront de prendre le risque de quitter leurs pays.

Le CADTM pense que toute politique qui se veut progressiste dans le contexte actuel devra impérativement s’opposer aux politiques de l’Europe forteresse et désobéir afin de respecter les droits humains. Son action devra s’inspirer de la Déclaration Universelle des Droits Humains et de la Convention de Genève en ce qui concerne le droit d’asile. Au niveau plus immédiat, il faudra :

  • Mettre fin aux accords de la honte comme celui signé entre l’UE et la Turquie ou entre l’Italie et la Lybie [3].
  • Fermer les centres d’internement de personnes migrantes, qui sont de véritables prisons.
  • En finir avec la criminalisation et les lois qui stigmatisent des personnes migrantes comme des personnes « illégales » ; en finir également avec les distinctions moralisantes entre bon-ne-s migrant-e-s (ceux et celles ayant l’accès à l’asile, celles et ceux ayant accès au marché du travail) et mauvais-es migrant-e-s (« illégaux »).
  • Mettre en place de véritables dispositifs d’accueil des personnes migrantes, qui garantissent l’accès aux services publics.
  • Mettre en place de voies sûres (tant physiques que juridiques) pour que les personnes puissent migrer. Cela passerait aussi par le plein usage des installations consulaires et diplomatiques des pays concernés et l’abandon du système de gestion sous-traitée des « visas Schengen ».
  • Défendre la libre circulation au sein de l’espace Schengen et au-delà.
  • Dans les pays qui se situent aux frontières de l’Europe, en finir avec les dispositifs militaires tels que les murs et clôtures, les systèmes de surveillance, etc.
  • Ne pas appliquer le protocole de Dublin, si les personnes migrantes souhaitent demander l’asile dans un pays qui n’est pas celui par où elles sont entrées dans l’Union européenne.
  • Prendre des mesures de sanction drastiques à l’égard de la Turquie.
  • Annuler les dettes illégitimes réclamées aux pays du Sud Global car ces dettes pèsent horriblement sur les conditions de vie des populations et constituent un des facteurs qui forcent des centaines de milliers de personnes à chercher en Europe de meilleures conditions de vie.
  • Dissoudre Frontex.
  • Mettre fin à l’appartenance à l’OTAN.
  • Interdire le commerce des armes.

Il faut faciliter les cadres juridiques et administratifs nécessaires pour assurer la circulation des personnes dans des conditions sûres, afin que nous puissions faire de la migration un choix, pas une nécessité qui peut trop fréquemment conduire à la mort. Par ailleurs, en ce qui concerne les pays européens, ils devront dépasser le cadre exclusif et colonialiste actuel de l’Union européenne. Il faudra nécessairement une politique de réparation vis-à-vis du pillage et de l’exploitation de richesses auxquelles les classes dominantes et les grandes entreprises des pays européens se sont livrés pendant des siècles.

Notes

[1] Voir à ce sujet l’enquête de Forensic Architecture : http://und-athens.com/journal/fa-alarab-killing [2https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/statement_20_380 [3https://www.cadtm.org/Les-odieux-accords-de-l-UE-en-matiere-de-migration-le-cas-de-la-Turquie-et-de#les_accords_entre_italie_et_libye

 

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