Richard HECKLY


Suite à mon article « coup de gueule » du 11 octobre, j’ai reçu un courriel d’un monsieur qui m’était alors inconnu, qui faisait la même chose que moi, dans une autre gare.
Je l’en remercie et vous fais partager, avec son approbation, son message :

Salut François,

Je viens de lire ton coup de gueule, j’aurais pu écrire la même chose car j’ai vécu la même chose à peu prés au même moment puisque j’ai quitté « l’auberge » d’Hubert 2 heures avant ton arrivée avec 4 jeunes gars dont 2 de 16 ans. Je n’ai pas eu en face de moi un contrôleur de la SNCF mais 6 ou 7 policiers. Contrôles des « papiers », palpations à plusieurs reprises et réflexions du style « mais pourquoi ne restent-ils pas chez eux ? », moi : « mais ils viennent d’Erythrée, c’est la guerre », le policier : » ils pourraient défendre leur pays, non ? » et moi  » savez-vous que le service militaire est à durée indéterminée là-bas ? », le policier :  » mais alors pourquoi ne vont-ils pas en Arabie Saoudite ? » et moi dépité : « mais enfin monsieur, c’est ce qu’il fuit 8 ! ».
Il a fallu attendre l’arrivée de 3 voitures un bon moment pour que chaque voiture embarque 1 gars après une nouvelle palpation. Puis patienter 1 heure au commissariat pour attendre l’avis de la préfecture. Du coup, les billets achetés juste avant et non remboursables car moins chers n’ont servis à rien. Pas de train de 11h03 alors que la police m’avait promis qu’après un rapide contrôle il pourrait partir pour Paris à 11h03.
La majorité des policiers étaient tendus mais disons corrects. Une policière est venue m’expliquer avec tact la situation, m’a fait part de son impossibilité de déroger à la règle, m’a dit tout faire pour les laisser partir tranquillement et a exprimé sa satisfaction de voir des associations comme la nôtre venir en aide à ces jeunes. Sympa.
En les déposant j’avais juste fait une photo de ces 4 jeunes hommes souriants, encore des enfants oui.
Quand je me suis rassis dans ma voiture, je me suis retrouvé complètement chamboulé. Je ne pourrai plus les revoir, je ne sais pas s’ils seront libérés, quand, comment, pour aller où. Ils vont sans doute penser que je les ai laissé tomber, voir que c’est un coup monté.
Et puis je me suis refais le film et me suis souvenu qu’à la gare la guichetière après nous avoir aperçu et après m’avoir adressé un regard sévère s’était retournée un long moment , 3 ou 4 mn, avec son sac ouvert devant elle. S’en est suivi la vente des billets où elle a pris son temps. A la sortie, la Police nous attendait ! Ce ne pouvait être un hasard. De vieilles idées de collaboration me sont revenues et m’ont serrées la gorge.
J’ai des enfants du même âge, et mes yeux se sont aussi remplis de larmes.
Bien à toi camarade.

Richard HECKLY