Camp de Grande-Synthe : un pique-nique, un couteau, deux mois de prison !

Camp de Grande-Synthe : un pique-nique, un couteau, deux mois de prison !

Le 9 août parait dans la Voix du Nord l’article suivant :

Grande-SyntheLe tribunal correctionnel a condamné Ismaël à deux mois de prison avec sursis ce mardi. Il avait emprunté un couteau dans la cuisine du camp de la Linière pour aller pique-niquer près du lac du Puythouck.
Il avait emprunté un couteau à la Linière pour pouvoir pique-niquer au Puythouck. Deux mois avec sursis.
La prochaine fois qu’Ismaël ira faire un pique-nique, il y réfléchira à deux fois. Prendre un couteau pour découper sa viande au risque d’aller en prison ou manger ses grillades avec les doigts ?

Malheureusement pour lui, Ismaël n’est pas Auvergnat. S’il fallait mettre en prison tous les paysans qui ne se séparent jamais de leurs fidèles couteaux pour découper une tranche de pain et se tailler un bon casse-croûte dans la nature, on aurait déjà vidé les campagnes. Non, Ismaël est Irakien, demandeur d’asile. Et son casse-croûte à lui, c’est devant le lac du Puythouck, près du camp de Linière. C’était le 4 août. Ismaël a dû revenir au camp de Grande-Synthe pour effectuer des démarches dans le cadre de sa demande d’asile auprès de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Cette structure n’existe pas à Metz où il vit maintenant, dans un foyer. Avec ses compagnons d’infortune, il a décidé de profiter du temps clément pour aller pique-niquer au bord du lac. Une scène devenue quotidienne.

Il emprunte le couteau pour le casse-croûte

Ismaël n’a pas l’habitude de se promener avec un couteau, alors il en a emprunté un dans la cuisine de la Linière. En revenant du pique-nique, il l’a remis dans sa poche, ne prenant même pas la peine de le dissimuler, ne voyant pas où est le mal. « Comme je l’avais emprunté à la cuisine, j’étais parti pour le remettre à sa place », explique ce garçon bien élevé. Des policiers en surveillance ont aperçu le couteau dépasser de sa poche alors qu’il retournait à la Linière. Le voilà placé en garde à vue.

Le parquet lui propose quinze jours de prison à effectuer sur-le-champ pour port d’arme prohibé, selon une procédure de plaider-coupable avec défèrement. Il refuse, il ne comprend pas. Pour lui, il n’a rien fait de mal. Alors, après quatre jours de détention, il a été présenté en comparution immédiate ce mardi. Cette fois, c’est deux mois ferme avec maintien en détention qui sont demandés. « Il faut croire qu’entre-temps, l’infraction est devenue quatre fois plus grave », se désole l’avocate d’Ismaël qui demande une relaxe.

Avec un casier, il n’a plus aucune chance d’obtenir le statut de réfugié, lui qui a fait la guerre pendant deux ans contre Daech dans l’armée irakienne et qui a perdu ses parents à l’âge de 6 ans. Il a été condamné à deux mois de prison avec sursis.

Auteur : Alexis Constant
Source : La voix du nord

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