Avril noir en Méditerranée centrale

Avril noir en Méditerranée centrale

Le mois d’avril 2021 restera gravé dans les mémoires des équipes et soutiens de SOS MEDITERRANEE. Pour la première fois en cinq ans d’opérations, nos équipes de sauvetage ont été les témoins du pire que l’on puisse redouter en mer : les conséquences funestes d’un terrible naufrage. Puis elles ont procédé au sauvetage de deux embarcations en détresse. 236 personnes secourues, comme un triomphe de la vie, une revanche sur la mort.

22 avril 2021 : « le moment de la honte »    

Dans la nuit du 20 au 21 avril 2021, alors que le navire de SOS MEDITERRANEE patrouille dans les eaux internationales au large des côtes libyennes, il reçoit un premier appel de détresse, relayé par l’ONG Alarm Phone, qui gère une hotline téléphonique pour les personnes en détresse en mer. Puis un deuxième. Puis un troisième. Les trois embarcations sont toutes à au moins dix heures de navigation de la position du navire et la mer est déchaînée, avec des vagues atteignant 6 mètres. L’Ocean Viking est alors le seul navire humanitaire présent sur la zone de recherche et de sauvetage au large des côtes libyennes. Les équipes à bord se lancent dans une course contre la montre, à la recherche des personnes à bord de ces canots de fortune signalés en détresse. Trois navires marchands prendront également part aux recherches. Mais lorsque nos équipes arrivent enfin, le 22 avril, après des heures interminables de recherche et de navigation, au point de localisation d’une de ces trois embarcations signalées en détresse, l’insoutenable est sous leurs yeux : il ne reste plus qu’une épave et des corps flottants. Une mer de cadavres.

Quelques heures plus tard, Alessandro, marin-sauveteur à bord de l’Ocean Viking, prend la plume, comme un exutoire, et écrit : « Les choses doivent changer, les gens doivent savoir ».  

Petit à petit, la nouvelle tragique fait le tour du monde. Le pape François qualifie ce naufrage de « moment de la honte ». Les agences de l’ONU, le HCR et l’OIM en appellent à la responsabilité de la communauté internationale. Dans plusieurs villes de France et d’Allemagne, des citoyen.e.s organisent des hommages aux disparu.e.s. L’Europe elle, reste mutique.


236 personnes sauvées et la vie reprend à bord de l’Ocean Viking  

Le 27 avril au petit matin, l’Ocean Viking reçoit un nouvel appel de détresse. Cette fois-ci, deux embarcations sont signalées. Nos équipes procèdent au sauvetage et réussissent à mettre en sécurité toutes les personnes qui étaient à bord des deux canots de fortune : 236 femmes, hommes et enfants sont secourus. Parmi elles, beaucoup de mineur.e.s voyageant seul.e.s : 119 au total. Dans les heures et les jours qui suivent le sauvetage, de nombreuses personnes rescapées racontent à nos équipes les violences que les trafiquants d’êtres humains leur ont infligées en Libye. Plusieurs ont été battues et forcées d’embarquer à bord de ces rafiots inaptes à la traversée de la Méditerranée. À bord de l’Ocean Viking, les personnes secourues trouvent un refuge et quelques heures de répit. Le petit Yaya, qui sourit de toutes ses dents, passe de bras en bras et se laisse bercer, tantôt par sa maman, tantôt par les membres de SOS MEDITERRANEE. Le garçon, secouru avec sa mère, est âgé de seulement deux ans et demi.

Au lendemain de ce sauvetage, les garde-côtes libyens interceptent deux embarcations en détresse à proximité de l’Ocean Viking, sous les yeux des personnes rescapées et de l’équipe à bord. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) confirmera ensuite que plus de 100 personnes ont été renvoyées de force en Libye ce jour-là. Sur le mois d’avril 2021 seulement, plus de 600 personnes ont été interceptées et renvoyées illégalement en Libye. Plus de 6000 depuis le début de l’année.

Les rescapé.e.s secouru.e.s par les équipes de l’Ocean Viking ont pu débarquer le 1er mai 2021 à Augusta, en Sicile. Si la nouvelle de l’assignation d’un lieu sûr de débarquement a été accueillie avec soulagement, la colère face à ces événements reste vive. Que fait l’Europe ? Où sont passées ses valeurs de solidarité et d’humanité ? Pourquoi aucun dispositif européen de recherche et de sauvetage n’a été rétabli en Méditerranée centrale depuis la fin de l’opération Mare Nostrum, il y a sept ans déjà ? Le dimanche 9 mai, la journée de l’Europe était célébrée. Un anniversaire au goût amer, quand on pense à toutes celles et ceux que l’Europe a laissé et laisse encore couler en Méditerranée. 

 

Lire le [RECAP] de la plus récente mission de l’Ocean Viking

Pour en savoir plus sur le contexte ces 4 dernières semaines, consultez :
Regards sur la Méditerranée centrale #18
Regards sur la Méditerranée centrale #19

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